Paco, employé de La Poste espagnole : « Je travaille depuis 1989 et j’ai entendu tellement de fois que l’entreprise allait disparaître »

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En Espagne, un salarié chevronné de l’opérateur postal public relativise les rumeurs de disparition, tout en décrivant une pression quotidienne bien réelle.

Dans une vidéo devenue virale sur TikTok, Paco Sabio, employé de Correos et membre du syndicat STE à Almería, répond aux inquiétudes sur l’avenir de l’entreprise publique espagnole. La publication en ligne à l’origine de ces déclarations rapporte son constat : les difficultés existent, mais elles ne se résument pas aux annonces répétées d’une faillite imminente.

Des rumeurs entendues depuis plus de trente ans

Paco Sabio affirme travailler chez Correos depuis 1989. Son ancienneté lui donne un point de vue particulier sur les inquiétudes qui entourent régulièrement l’entreprise. Dans sa prise de parole, il explique avoir entendu, au fil des années, les mêmes prédictions sur une fermeture ou une restructuration sociale.

« Je travaille chez Correos depuis 1989 et, si l’on me donnait un euro chaque fois que j’ai entendu dire que cette entreprise allait à la ruine, je vous assure que je serais déjà à la retraite », déclare Paco Sabio.

Le salarié ne prétend pas connaître l’avenir du groupe. Il dit lui-même ne pas avoir « de boule de cristal ». Son raisonnement part d’un élément concret : selon lui, il serait difficile de croire à une disparition prochaine alors que des financements sont garantis pour les années à venir afin d’assurer la continuité du service public.

Il formule aussi une idée directe, face aux spéculations qui circulent parmi les salariés et les usagers :

« Les rumeurs ne paient pas les salaires », insiste Paco Sabio.

Cette phrase résume son approche. Pour lui, les discussions sur une éventuelle liquidation ne doivent pas masquer les problèmes que rencontrent les équipes dans les bureaux et sur le terrain.

Les difficultés quotidiennes pointées par un salarié

Le diagnostic de Paco Sabio porte d’abord sur les conditions de travail. Il évoque un manque de recrutements, une insuffisante compensation des départs, une charge de travail accrue et des collègues épuisés. Il cite aussi la pression commerciale exercée sur les agents.

  • Des recrutements jugés insuffisants ;
  • Des départs qui ne seraient pas tous compensés ;
  • Une charge de travail plus lourde pour les équipes présentes ;
  • Une fatigue des salariés ;
  • Des objectifs commerciaux qui s’ajoutent aux missions postales.

Correos est l’opérateur postal public espagnol, un rôle comparable à celui de La Poste en France. Son activité ne se limite pas à la distribution du courrier. Le groupe gère aussi des colis, des guichets et différents services proposés en agence.

Selon Paco Sabio, l’entreprise continue de bénéficier du soutien de l’État espagnol et d’un financement destiné à maintenir son activité de service public. Il ne nie donc pas les tensions internes. Il refuse surtout de les confondre avec l’idée d’une disparition certaine.

Une situation financière longtemps dégradée

Les inquiétudes ne reposent pas uniquement sur des bruits de couloir. Le texte source évoque plus d’un milliard d’euros de pertes accumulées sur une décennie. En 2024, Correos a enregistré une perte de 522 millions d’euros.

Plusieurs facteurs expliquent cette dégradation. La chute des envois de lettres liée à la numérisation pèse sur l’activité historique des postes européennes. Les coûts fixes restent élevés pour maintenir un vaste réseau de distribution et de bureaux. L’entreprise a aussi dû affronter une concurrence forte dans la livraison de colis, un secteur devenu central avec l’essor du commerce en ligne.

La structure de Correos est particulièrement importante : la source mentionne plus de 50 000 salariés et 2 400 bureaux. Elle cite également un absentéisme ayant approché 11 %, avec des effets possibles sur l’organisation des tournées et la qualité de service.

Le retour aux bénéfices en 2025

Les comptes présentés dans la publication montrent aussi un changement plus récent. Après les lourdes pertes de 2024, Correos aurait renoué avec un bénéfice net de 14,4 millions d’euros en 2025. Sa dette nette aurait, dans le même temps, diminué de 20 %.

Ces chiffres ne font pas disparaître les difficultés décrites par les salariés. Ils permettent en revanche de nuancer le scénario d’une faillite immédiate. Paco Sabio le résume par une autre formule :

« Les rumeurs, c’est comme certains syndicats : les uns arrivent, les autres repartent, mais les chiffres restent », affirme Paco Sabio.

La stratégie engagée par la direction

Sous la direction de Pedro Saura, Correos a engagé une restructuration avec l’appui de la Société publique de participations industrielles espagnole. Le plan repose notamment sur des apports d’argent public, la vente de certains actifs pour dégager des liquidités et une diversification des activités.

L’une des pistes consiste à faire évoluer les bureaux en guichets proposant davantage de démarches administratives ou de services financiers. Cette orientation vise à donner une nouvelle utilité aux agences dans un contexte où le courrier traditionnel recule.

La révision des tarifs d’envoi des lettres fait aussi partie des leviers évoqués. L’objectif affiché est de trouver des recettes supplémentaires tout en préservant la mission de service public de l’opérateur.

Quelle comparaison avec la France ?

En France, La Poste assure également une mission de service universel postal. Elle garantit notamment l’acheminement et la distribution du courrier sur l’ensemble du territoire, selon un cadre fixé par les pouvoirs publics. L’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse, connue sous le nom d’Arcep, surveille ce secteur.

Comme en Espagne, la baisse structurelle du volume de lettres oblige les opérateurs postaux à adapter leur modèle. Les colis, les services de proximité et les prestations réalisées dans les bureaux prennent une place croissante. Cette évolution peut modifier concrètement le quotidien des agents : l’activité ne consiste plus seulement à distribuer du courrier, mais aussi à répondre à des besoins variés des particuliers et des entreprises.

Pourquoi les bureaux postaux changent de rôle

La transformation des bureaux répond à une réalité simple : moins de lettres signifie moins de revenus liés à l’activité historique. Proposer des démarches, des services financiers ou des solutions d’expédition permet de maintenir une fréquentation et d’utiliser les réseaux existants.

Pour les salariés, cette diversification peut aussi entraîner de nouvelles tâches, des formations et des objectifs commerciaux. C’est précisément l’un des sujets soulevés par Paco Sabio. Son témoignage rappelle que les comptes d’une entreprise et l’expérience vécue par ses équipes ne racontent pas toujours la même histoire.


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