Ernesto, 74 ans, éleveur dans un village : « Je resterai ici aussi longtemps que je le pourrai, cela donne de l’énergie et prolonge la vie »

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Dans les montagnes de Cantabrie, au nord de l’Espagne, Ernesto continue chaque matin de surveiller son troupeau malgré ses 74 ans.

Le quotidien numérique espagnol El Español, dans un article publié le 11 août 2026, raconte le choix de vie de cet éleveur installé aux Puertos de Sejos. Son témoignage illustre aussi une réalité plus large : le vieillissement des responsables d’exploitations agricoles et d’élevage en Espagne, dans un secteur qui peine à attirer une nouvelle génération.

Un éleveur attaché à sa montagne

Ernesto vit et travaille dans les Puertos de Sejos, un espace montagneux de Cantabrie. À 74 ans, il ne se voit pas abandonner les pâturages ni les animaux qui rythment ses journées.

« J’aime cela. Si je vivais en ville, au bout de quatre jours je ne serais plus Ernesto », explique l’éleveur.

Son propos ne relève pas seulement de l’attachement à un métier. Il décrit une identité construite autour de la vie rurale, des bêtes et du rythme imposé par la montagne. Ernesto affirme qu’il restera sur place tant que son état le lui permettra.

« Je resterai ici aussi longtemps que je le pourrai ; je suis là où j’aime être, à faire ce que j’aime, et cela donne de l’énergie et prolonge la vie », dit-il.

Cette conviction personnelle ne doit pas être comprise comme un conseil médical. Elle traduit son expérience et son rapport à une activité physiquement exigeante, exercée dans un environnement auquel il est profondément habitué.

Des journées qui commencent avant le lever du soleil

La routine d’Ernesto débute à 6 h 30, depuis le refuge de La Penilla. Sa première mission consiste à rejoindre les vaches dispersées dans les pâturages, puis à observer leur état.

Il doit notamment vérifier la santé des veaux et s’assurer qu’aucun prédateur n’a approché le troupeau durant la nuit. Dans ces reliefs souvent enveloppés de brouillard, le repérage des animaux demande de l’expérience.

« Chaque jour, je vais voir les vaches, je vérifie si les veaux sont malades, si les loups sont venus », raconte Ernesto.

Les cloches accrochées au cou des bêtes jouent un rôle concret dans son travail. Leur son lui permet de localiser les animaux dans les landes et les zones de pâture. Ernesto connaît aussi les habitudes de son troupeau et peut deviner la direction prise par les vaches.

  • Repérer les vaches dans les pâturages ;
  • Surveiller les veaux et leur état de santé ;
  • Détecter d’éventuelles traces de prédation ;
  • Suivre les déplacements du troupeau dans le brouillard ;
  • Maintenir une présence humaine régulière sur les estives.

Les cloches peuvent aussi susciter des débats dans les zones touristiques rurales, où leur bruit est parfois jugé gênant. Pour l’éleveur, elles restent avant tout un outil de surveillance quotidien, utile sur un terrain vaste et difficile à parcourir.

Le manque de relève inquiète les campagnes espagnoles

Le cas d’Ernesto dépasse son seul village. Selon les données du dernier recensement agricole citées par El Español, 40 % des responsables d’exploitations agricoles et d’élevage en Espagne ont plus de 65 ans. Le média indique que l’âge moyen de cette catégorie atteint 76 ans.

Ces chiffres posent la question du renouvellement des générations. Dans les zones rurales isolées, reprendre une exploitation suppose souvent d’accepter des journées longues, des revenus variables et une forte dépendance aux conditions météorologiques, aux coûts d’élevage et à l’état des marchés.

Pour les éleveurs âgés, arrêter de travailler ne signifie pas uniquement cesser une activité professionnelle. Cela peut aussi entraîner la fin d’un mode de vie, la fermeture d’une exploitation familiale ou l’abandon de parcelles entretenues depuis des années.

Une activité qui entretient les paysages

Le pâturage participe à l’entretien des espaces ouverts en montagne. Les animaux consomment l’herbe et limitent la progression de certaines broussailles. Cette présence ne supprime pas tous les risques liés aux incendies ou à l’enfrichement, mais elle contribue à maintenir des zones pâturées et des chemins utilisés par les éleveurs.

La disparition progressive des exploitations peut donc avoir des conséquences qui dépassent la seule production de viande ou de lait. Elle touche aussi l’occupation des territoires ruraux, la transmission de savoir-faire et la présence humaine dans des espaces éloignés.

Les attaques de loups, une préoccupation permanente

Dans les montagnes cantabres, Ernesto doit composer avec le risque d’attaques de loups. Le sujet est particulièrement sensible pour les éleveurs qui laissent leurs animaux pâturer en extérieur sur de grandes surfaces.

Le média espagnol rappelle qu’en 2021, le loup a été inscrit sur la liste espagnole des espèces sauvages soumises à un régime de protection spéciale. Selon les informations rapportées dans l’article, le nombre de meutes en Espagne a atteint 333.

La Castille-et-León, région voisine des Puertos de Sejos, a enregistré 4 474 attaques contre des exploitations d’élevage en 2025, selon les chiffres cités. Ces attaques auraient causé la mort de 6 294 animaux et donné lieu à plus de 4 millions d’euros d’indemnisations.

Pour un éleveur, la perte d’une vache ne se limite pas à sa valeur d’achat : elle bouleverse aussi l’organisation et la sécurité du troupeau.

D’après les barèmes mentionnés par El Español, l’indemnisation pour une vache tuée par un loup varie entre 3 115 et 4 200 euros. L’éleveur doit aussi gérer la disparition de l’animal, son remplacement et son transport jusqu’aux pâturages.

Le remplacement d’une bête comporte ses propres difficultés. Une jeune vache arrivée sur une nouvelle estive ne connaît pas forcément le relief, les passages habituels ou les zones à éviter. Elle peut donc se blesser ou s’éloigner du troupeau.

Quelle situation en France ?

En France, le loup est une espèce protégée. Sa présence concerne notamment plusieurs territoires de montagne et certaines zones rurales où l’élevage en plein air est pratiqué. Les éleveurs confrontés à la prédation peuvent mettre en place des moyens de protection tels que le regroupement nocturne des animaux, les clôtures adaptées ou le recours à des chiens de protection.

L’État français prévoit également des dispositifs d’indemnisation pour les dommages attribués au loup, sous réserve d’une procédure de constatation. Les règles, les montants et les conditions varient selon les dispositifs en vigueur et ne se confondent pas avec ceux appliqués en Espagne.

Dans les deux pays, le débat oppose souvent les impératifs de protection de la faune sauvage et les difficultés rencontrées par les professionnels de l’élevage. Pour Ernesto, cette question prend une forme très concrète : chaque matin, il lui faut retrouver ses vaches et vérifier que la nuit n’a pas laissé de mauvaises surprises.

Le rôle des estives dans l’élevage

Une estive désigne un pâturage de montagne utilisé pendant la belle saison. Les troupeaux y trouvent de l’herbe en altitude lorsque les températures montent dans les vallées. Cette pratique suppose une surveillance régulière, car les animaux évoluent sur des terrains escarpés, parfois loin des habitations.

Le travail d’Ernesto repose ainsi sur une connaissance fine du paysage : les passages empruntés par les bêtes, les zones où la brume se forme, les endroits où les animaux peuvent s’abriter et les indices qui signalent un danger. À 74 ans, l’éleveur entend conserver ce lien avec la montagne aussi longtemps qu’il le pourra.


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