Rodri, électricien : « Les gens ne rechignent pas à dépenser 4 000 € pour un canapé, mais bien pour une installation »

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En Espagne, un père et son fils électriciens alertent sur le poids du prix dans des travaux pourtant liés à la sécurité des logements.

Rodrigo Martín, connu sous le nom de Rodri, travaille avec son père Víctor au sein de SomosCable. Interrogés par Schneider Electric Espagne, ils ont raconté l’évolution de leur métier au journal en ligne espagnol El Español, dans un article publié le 18 août 2026.

Deux générations face à un métier transformé

Víctor et Rodrigo Martín exercent ensemble le métier d’électricien. Le premier affiche plus de cinquante ans d’expérience dans le secteur. Le second représente une génération confrontée à l’arrivée rapide de nouveaux équipements et à des attentes techniques toujours plus larges.

Les deux professionnels observent une mutation profonde du métier au cours des trois dernières décennies. Pour Víctor Martín, le regard porté sur l’artisan et son expérience a changé. Il estime que les clients examinent désormais avant tout le montant inscrit au bas du devis.

« Maintenant, on ne regarde que le chiffre ; le reste ne compte pas du tout », estime Víctor Martín à propos de la place prise par le prix dans les choix des clients.

Son fils décrit la même réalité lorsqu’il répond à des demandes de travaux. Selon Rodri, les professionnels peuvent envoyer un très grand nombre de devis, mais le choix final se joue souvent sur le total affiché. Or, derrière cette somme, se cachent la recherche des matériaux adaptés, le temps de préparation, les contraintes du chantier et la responsabilité liée à une installation électrique.

Cette pression sur les prix ne concerne pas seulement le confort ou l’esthétique. Une installation défaillante peut avoir des conséquences lourdes pour les occupants d’un logement. Les deux hommes regrettent que certains clients accordent davantage de valeur à des biens visibles qu’aux éléments techniques dissimulés derrière les murs, les prises et le tableau électrique.

« Les gens ne rechignent pas à dépenser 4 000 euros pour un canapé, mais bien pour une installation qui ne se voit pas, alors que les installations sont au final la partie la plus importante », affirme Rodri.

Le risque des travaux réalisés au rabais

Rodrigo et Víctor Martín rapportent avoir vu des clients opter pour des installations moins coûteuses avant d’en subir les effets. Leur témoignage ne détaille pas les cas évoqués, mais ils mettent en garde contre le recours à des personnes non autorisées pour résoudre des problèmes électriques.

Une intervention menée sans les compétences nécessaires peut exposer le logement à des défauts graves : échauffement des câbles, protections mal dimensionnées, raccordements fragiles ou équipements incompatibles. Dans ce domaine, une économie immédiate peut aussi entraîner des travaux correctifs plus coûteux.

Ce qui peut faire varier un devis électrique

Le prix d’un chantier ne se limite pas au matériel visible. Plusieurs éléments peuvent expliquer l’écart entre deux propositions :

  • la qualité et la compatibilité des composants choisis ;
  • l’état réel de l’installation existante ;
  • le temps nécessaire pour rechercher une panne ou sécuriser un circuit ;
  • les protections prévues au tableau électrique ;
  • les adaptations liées aux nouveaux usages du logement ;
  • la capacité du professionnel à assurer un travail conforme aux règles applicables.

Un devis très bas ne permet donc pas, à lui seul, de juger la qualité d’une prestation. Comparer les postes prévus, les matériels annoncés et le périmètre exact des travaux donne une lecture plus utile que la seule comparaison du montant final.

Des compétences élargies avec les nouvelles technologies

Les deux électriciens espagnols insistent aussi sur l’obligation de se former tout au long de sa carrière. Le métier ne consiste plus uniquement à poser des prises, tirer des câbles ou remplacer un disjoncteur. Les installations photovoltaïques et la recharge des véhicules électriques imposent de nouveaux savoir-faire.

Rodri résume cette évolution par une formule volontairement forte : « Soit on se met à jour en étant électricien, soit on disparaît. » Il ajoute que les électriciens sont devenus, selon lui, « davantage que des électriciens », allant jusqu’à se comparer à des « ingénieurs en robotique » tant les équipements et les technologies se sont diversifiés.

Il observe une accélération particulière depuis cinq ans. Les panneaux solaires, les voitures électriques et leurs dispositifs de recharge modifient les besoins des particuliers. Ces équipements peuvent demander une étude de la puissance disponible, des protections spécifiques et une adaptation du tableau électrique.

Une proposition de renouvellement des accréditations

Rodri estime qu’une accréditation professionnelle devrait être renouvelée tous les dix ans. Il évoque des contrôles de santé et des évaluations psychotechniques afin de limiter les risques pour les travailleurs. Cette proposition relève de son point de vue et ne correspond pas à une mesure annoncée dans l’article.

Son idée traduit une préoccupation plus large : l’électricien intervient dans un environnement où les erreurs, la fatigue ou un manque de mise à jour technique peuvent avoir des répercussions sérieuses. Les formations régulières constituent, à ses yeux comme à ceux de son père, une condition pour suivre les évolutions du secteur.

Ce qui existe en France

En France, les installations électriques des logements sont encadrées par la norme NF C 15-100. Elle fixe notamment des règles de sécurité pour la conception des installations neuves ou entièrement rénovées. Les exigences concernent les circuits, les protections, la mise à la terre et les équipements placés dans les différentes pièces.

Pour une installation neuve destinée à être raccordée au réseau public d’électricité, une attestation de conformité est requise. Le Consuel, organisme chargé de viser ces attestations, intervient dans cette procédure avant la mise sous tension par le gestionnaire de réseau.

Les particuliers français peuvent aussi s’appuyer sur des professionnels qualifiés, demander un devis détaillé et vérifier l’assurance de l’entreprise avant le début des travaux. Pour certains projets, notamment l’installation d’une borne de recharge, les compétences attendues peuvent être spécifiques.

Un chantier invisible, mais central dans un logement

L’installation électrique ne se remarque pas toujours au quotidien lorsqu’elle fonctionne correctement. C’est précisément ce caractère discret qui peut conduire à la reléguer derrière des dépenses plus visibles. Pourtant, elle alimente l’éclairage, les appareils de cuisine, le chauffage électrique, les outils numériques et, de plus en plus, les équipements de mobilité.

Dans un logement équipé de panneaux solaires ou d’une borne de recharge, l’installation doit aussi supporter de nouveaux usages. Une évaluation préalable permet d’identifier les adaptations nécessaires, plutôt que de multiplier les raccordements sans vision d’ensemble.

Malgré les désaccords fréquents qu’il reconnaît avoir avec son fils, Víctor Martín garde un attachement intact à son métier. Il explique qu’il choisirait encore cette profession s’il devait recommencer, et qu’il aimerait de nouveau travailler avec Rodri.


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