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En Espagne, une ancienne employée de maison alerte sur des emplois aux horaires réduits et aux exigences toujours plus fortes.
Le constat de Vicky, retraitée après une longue carrière dans les services à domicile et le commerce, fait écho aux inquiétudes exprimées par les syndicats espagnols sur la précarité des jeunes salariés. Son témoignage a été recueilli par Infobae, un média d’information en ligne, dans un article publié le 20 juillet 2026.
Une carrière entre le Chili et l’Espagne
Avant de travailler en Espagne, Vicky a commencé sa vie professionnelle au Chili. Elle y a exercé dans un atelier textile, où elle cousait, repassait et préparait les vêtements destinés à être vendus.
« Nous confectionnions aussi des vêtements pour les jeunes », se souvient Vicky.
Arrivée ensuite en Espagne, elle a longtemps travaillé chez des particuliers. Elle dit avoir connu des employeurs respectueux au cours de ces années. « J’ai travaillé dans des maisons presque tout le temps. Je ne peux pas me plaindre, j’ai eu de bons employeurs et ils m’ont très bien traitée », affirme-t-elle.
Après une interruption professionnelle pour élever ses enfants, elle a repris avec des emplois payés à l’heure. Puis, à 56 ans, elle a trouvé un poste dans un supermarché. Elle y cumulait les fonctions de femme de ménage, caissière et employée chargée de remplir les rayons.
Cette organisation a marqué la fin de son parcours professionnel. « Mon quotidien, c’était de courir d’un côté à l’autre », raconte-t-elle. Cette polyvalence imposée, souvent ressentie dans les commerces et les services, peut transformer une journée de travail en succession de tâches urgentes.
Des contrats courts en heures et des attentes élevées
Vicky estime que les conditions proposées aux personnes qui arrivent aujourd’hui sur le marché du travail sont moins favorables que celles qu’elle a connues. Elle souligne notamment la difficulté, selon elle, pour les travailleurs plus âgés de retrouver une place.
« On n’embauche plus personne comme on m’a embauchée à 56 ans. Il n’y a que des jeunes, on leur apprend à faire des choses, mais c’est totalement différent de ce qu’on m’a donné », explique-t-elle.
Son inquiétude porte aussi sur les contrats à temps partiel. Dans son témoignage, elle évoque des embauches de 24 heures, 14 heures ou 12 heures, assorties d’une charge de travail qu’elle juge excessive.
« Les conditions sont pires aujourd’hui. On vous embauche pour 24 heures, 14 ou 12 heures, et on vous exige trop », déplore Vicky.
Le problème ne se limite pas au nombre d’heures inscrit sur un contrat. Un temps partiel involontaire peut empêcher un salarié d’obtenir un revenu suffisant, tout en le laissant disponible pour d’éventuels changements d’horaires. Il peut aussi rendre plus difficile l’accès à un logement ou à un crédit, car les revenus varient d’un mois à l’autre.
Les syndicats espagnols pointent une précarité persistante
Le témoignage de Vicky intervient dans un contexte tendu pour l’emploi des jeunes en Espagne. Selon les données citées par l’Union générale des travailleurs, la centrale syndicale espagnole connue sous le sigle UGT, le chômage des moins de 25 ans frôle 24 %. Ce niveau représente plus du double de celui observé pour l’ensemble de la population active.
La même organisation affirme que près de la moitié des emplois à temps partiel créés en Espagne ne résultent pas d’un choix du salarié. Les personnes concernées souhaiteraient travailler davantage, sans parvenir à obtenir un contrat avec un volume horaire supérieur.
- Les contrats de faible durée peuvent limiter les revenus mensuels.
- Les horaires fragmentés compliquent l’organisation familiale.
- La multiplication des tâches augmente la pression pendant le service.
- Les jeunes salariés peuvent rester cantonnés à des emplois saisonniers ou de campagne commerciale.
L’Union syndicale ouvrière, autre organisation syndicale espagnole, avait déjà estimé en mai que la baisse du chômage des jeunes s’expliquait par le recours massif à une main-d’œuvre bon marché et temporaire, notamment lors des campagnes commerciales ou touristiques.
Le départ à la retraite, à condition de conserver sa santé
Vicky a quitté le monde du travail il y a quelques mois. À l’approche de ses 68 ans, elle insiste moins sur le montant de sa pension que sur un élément qu’elle considère déterminant : partir à la retraite en bonne santé.
« La meilleure chose qui puisse arriver à une personne ayant travaillé toute sa vie dans le secteur où j’ai travaillé est de prendre sa retraite. Mais surtout, de prendre sa retraite en bonne santé », dit-elle.
Elle assure connaître des personnes plus jeunes qu’elle qui ont atteint l’âge de la retraite sans avoir la force d’en profiter. « Des personnes bien plus jeunes que moi ont pris leur retraite et n’en ont rien profité », rapporte-t-elle.
Les métiers de l’entretien, de l’aide à domicile, du commerce ou du nettoyage exigent souvent de rester longtemps debout, de porter des charges, de répéter les mêmes gestes et de travailler tôt. L’usure ne provient pas nécessairement d’un seul effort spectaculaire. Elle peut résulter d’années de cadences élevées et d’un repos insuffisant.
Pour Vicky, la retraite représente la possibilité de se libérer d’un rythme quotidien très encadré. « Ce que veut toute personne, c’est se reposer, se libérer de la routine, se lever si tôt, avoir un horaire pour tout et ne pas profiter de beaucoup de choses parce qu’il faut travailler », résume-t-elle.
Quelle situation pour les employés à domicile en France ?
En France, les personnes employées directement par un particulier pour le ménage, la garde d’enfants, l’aide à domicile ou certains travaux familiaux relèvent du secteur des particuliers employeurs et de l’emploi à domicile. Leur relation de travail peut être déclarée au moyen du chèque emploi service universel, appelé Cesu.
Le Cesu facilite les formalités de déclaration et le paiement des cotisations sociales, mais il ne remplace pas les règles liées au contrat de travail. La durée du travail, la rémunération, les congés, les jours d’absence et les missions confiées doivent être clairement définis. Lorsqu’un salarié travaille pour plusieurs particuliers, il peut cumuler plusieurs petits contrats, avec des horaires parfois dispersés.
Des points à vérifier dans un contrat
Pour limiter les malentendus, un contrat écrit permet de préciser plusieurs éléments concrets :
- les tâches réellement demandées au salarié ;
- le nombre d’heures prévues et leur répartition ;
- les modalités de modification des horaires ;
- le salaire et les éventuels frais liés au travail ;
- les conditions d’absence, de congés et de fin de contrat.
Le témoignage de Vicky rappelle que le volume horaire ne dit pas tout de la réalité d’un emploi. Une mission de quelques heures peut devenir lourde si l’employeur attend, dans le même créneau, du ménage, des courses, du repassage, de la préparation de repas ou d’autres tâches non prévues au départ.
La clarté des missions protège autant le salarié que le particulier employeur. Elle permet de fixer un cadre réaliste et d’éviter que la polyvalence, vécue par Vicky dans le supermarché comme dans d’autres emplois, ne fasse disparaître les limites entre les fonctions et le temps réellement disponible.


